Le 5 avril dernier une conférence du salon Innovative Building à Paris à permis de voir plusieurs témoignages de construction performante.

La tour de Bureaux Elithis à Dijon et la tour Renoir dans le 14° arrondissement à Paris, un immeuble d’habitation d’un bailleur social.

La tour Elithis à Dijon.

Ce bâtiment est exemplaire puisque c’était le premier immeuble de bureau annoncé comme positif c’est-à-dire devant produire plus d’énergie qu’il n’en consommait.

Vous trouverez sur le net des présentations détaillées réalisées l’année dernière à l’occasion de l’inauguration du bâtiment comme par exemple sur DDmagazine.

Ce qui est intéressant c’est le retour d »expérience après plus d’une année d’exploitation car annoncer des chiffres en conception c’est bien. Les vérifier dans la vraie vie c’est mieux !

source flickr : http://www.flickr.com/photos/36936523@N07/3407032476/in/set-72157616095079879/

http://www.flickr.com/photos/36936523@N07/3407032476/in/set-72157616095079879/

Son concepteur Christian Rozier, Président du groupe Elithis a présenté sa vision et comment ils ont atteint leur objectif.

L’objectif était donc d’être très basse consommation et de compenser cette consommation avec des systèmes de production photovoltaïque.

La volonté était aussi de conserver un surcoût de construction limité c’est-à-dire en ne recourant pas à des moyens de production exceptionnels.

En contre partie le temps de conception a été plus long : 2,5 ans

Le coût de construction à été de 1400 HT/m² dont 100 E m² pour le photovoltaïque pour un coût moyen dans la région de 1250 1300 euros HT/m²

Le surcoût est donc hors panneau solaire de 100 E HT/m².

Le cabinet fait la démonstration que construire en anticipant sur la norme 2020 est possible à un cout marché.

Avec justesse le concepteur pose la question : « En tant qu’investisseur je dois me demander si je veux acheter un bien qui sera en dessous de la réglementation en 2020 ? »

Quel bilan énergétique après la première année ?

La consommation est de 40 KwH/m² par an pour les usages réglementaires (chauffage, eau chaude, éclairage).

La consommation est de 54kwH/m² pour les usages électriques informatiques.

C’est à dire que la consommation des services informatiques représente plus que la consommation du reste du bâtiment (chauffage, eau chaude, éclairage), Tout ça pour faire du Word de l’Excel, surfer sur le net et envoyer des emails. Comme quoi les fabricants d’ordinateurs et de logiciels ont du pain sur la planche !

Quelques remarques générales de la part du concepteur :

Les honoraires de conception sont doubles en suisse aux USA au Québec et en Allemagne, ça aide à concevoir de bons bâtiments…(un constat partagé par un autre bureau d’étude que nous avons rencontré : ici témoignage d’un cabinet suisse)

La France a relativement peu d’architectes au prorata de la population puisque nous sommes 25° en nombre d’architectes par habitants.

Les bureaux des méthodes qui organisent le travail sur le chantier ont disparu. Cette fonction n’existe plus et ce n’est pas sans poser de problèmes.

Le prix de l’électricité  photovoltaïque sera équivalent ou inférieur au prix à la prise dans la décennie qui vient. Le photovoltaïque doit donc être intégré dans la conception.

D’autant plus qu’un objet peut avoir deux fonctions ce qui diminue sont coût. Par exemple si un panneau solaire sert également de toit. Son coût n’est plus celui d’un panneau mais celui d’un toit et d’un panneau.

D’un point de vue pérennité il faut faire attention aux matériaux. Par exemple des isolants se tassent avec le temps et perdent leur performance isolante.

La laine de verre se déstructure après plusieurs années. La laine de bois va durer beaucoup moins longtemps que la fibre de bois. La fibre de bois à une phase de 11 heures, la laine de verre de deux heures. C’est-à-dire que la fibre de bois va pouvoir absorber la chaleur durant une journée.

Le dogme n’est pas la clé :

« On ne peut pas dire qu’il suffit de mettre x centimètres d’isolant pour avoir raison.  Ainsi cette tour n’utilise pas plus d’isolants mais il est utilisé plus judicieusement. Le triple vitrage n’est utilisé qu’occasionnellement » a déclaré son concepteur.

Réhabilitation en bâtiment passif d’une tour d’habitation

Le deuxième exemple concerne une réhabilitation d’un immeuble d’habitation.

Ce projet a été premier de l’appel à projet réhabilitation durable ADEME 2010. C’est le cabinet d’architecte Canale 3 et le bureau d’études S2T qui ont réalisé cette étude. Deux cabinets dont nous avions déjà présenté une réalisation ici.

A l’origine il y a un bâtiment de 161 logements 20 étages, construit dans les années 70, sans isolant sauf sur le toit, avec de grandes surfaces vitrées.

Néanmoins grâce à sa forme assez compacte il obtient un bon score de 137 KwH /m² /an EP . (La moyenne nationale étant de 241 kwH m²/an EP)

En 6 étapes ce bâtiment atteint une performance théorique de 32 KwH /m²/an EP soit la norme passive, étiquette A.

1ére étape isolation extérieure :

ITE : l’isolation extérieure à permis de tabler sur une diminution de la consommation de  137 à  90 kWh/m²/an /EP ce qui est déjà le niveau BBC rénovation.

L’isolant retenu est du foamglass (15cm). C’est un matériau issu du recyclage des pare brise automobiles qui a une très bonne longévité.

2ème étape

Le changement des fenêtres permet ensuite de descendre de 90 à 72 kWh/m²/an EP.

3ème étape

Mise en place de loggias  coté sud. Ce sont des balcons qui sont fermés ce qui les transforme en loggia ou vérandas/jardin d’hiver qui permettent aux locataires de se réapproprier les balcons qui sont dans les faits assez peu utilisés.

Leur utilisation est assez intuitive. La vitre extérieure reste fermée l’hiver et l’ancienne vitre extérieure reste fermée puis à l’intersaison en laissant l’extérieur fermé on peut lire au soleil, laisser les enfants jouer ou faire du repassage. Et enfin en plein été on laissera entièrement ouvert.

La consommation descend alors à 67 kWh/m²/an /EP.

4ème étape

Mise en place d’une VMC avec récupération de chaleur qui permet de descendre de 67 à 56 kWh/m²/an /EP.

5ème étape

Mise en place d’un système original de pompe à chaleur sur les eaux usées.

Les eaux usées passent dans un système d’échangeur. La chaleur de l’eau qui est ainsi récupérée sert à chauffer / préchauffer l’eau utilisée pour le chauffage ou l’eau chaude sanitaire.

Cette solution permet de couvrir 80% des besoins de chaleur et eau chaude sanitaire du bâtiment !

Avec ce système la consommation descend de 56 à 32 kW/h/m²/an EP

6ème étape

Autre innovation : Récupération de la chaleur inutilisée du réseau de chaleur.

Le bâtiment est chauffé à la vapeur via le réseau de chaleur de la CPCU.

Cette vapeur passe dans un échangeur ou elle sert à chauffer l’eau qui sera  utilisée pour le chauffage.

Or une fois passé dans cet échangeur cette vapeur refroidie se transforme en eau et normalement retourne à la CPCU. Sa température est pourtant encore de l’ordre de 70°.

Ici donc cette eau à 70° ne repart pas directement à la CPCU mais repasse encore dans un échangeur ou sa chaleur sert à chauffer l’eau déjà préchauffée à l’étape précédente !

Au total 90% des usages sont ainsi couvert par ces systèmes de récupération.

Le coût des travaux est de 20 000 E par logements, 20 millions d’euros au total soit 300 euros par m².

Premier coup de pelle en septembre 2011 !

 

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