Avec ses paris considérés comme risqués – abandonner le nucléaire – rester au gaz et au charbon en organisant la relève par les énergies renouvelables l’Allemagne sert de défouloir aux politiques français.
Ils critiquent le bilan actuel de cette politique allemande que ce soit ses émissions de gaz à effet de serres, son bilan carbone, sa quantité de charbon consommé et ses immenses mines de lignites ultra polluantes, à ciel ouvert (et pour lesquels des villages entiers sont déplacés).

Mais cette attitude de dénigrement des politiques est-elle responsable vu les enjeux des décennies à venir?

Dans le monde de demain

Dans le monde de demain chacun pourra produire l’énergie qu’il consomme et la revendre. Les consommateurs-producteurs pourront se regrouper pour assurer le financement de projets qui leurs appartiendront et produiront leur énergie. A ce titre ils la gaspilleront probablement beaucoup moins.

Les bâtiments pourront être tour à tour producteurs et consommateurs en fonction de l’activité, des besoins mais aussi il est vrai de la météo.

Chacun pourra proposer ses capacités de stockage, (le point crucial des énergies renouvelables) pour stocker acheter et revendre son énergie en fonction de ses propres besoins, des besoins environnant et d’un tarif.

Dans ce monde les déplacements sont optimisés que ce soit par le co-voiturage les transports en commun ou les services de types autolib électrique ou à essence. Uberpop aura disparu et chacun fera du stop virtuel au moyen d’applis collaboratives gratuites développées par la communauté. Les paiements s’ils y en a auront bien du mal à être tracés par l’Etat qui devra aussi repenser son modèle

Dans le monde de demain les éoliennes rechargent les voitures la nuit quand les besoins d’électricité sont faibles et que l’électricité est gratuite.

Les piles à combustibles qui stockent l’électricité se rechargeront quand les conditions naturelles le permettent et renvoient de l’électricité quand nécessaire en ne rejetant que de l’eau.

Dans le monde de demain tous nos objets ménagers, nos machines, sont connectés et renvoient leurs prévisions de consommation d’énergie.

Des algorithmes anticipent les demandes et pilotent les transferts d’énergie entre les lieux de production et les lieux de consommation.

Certes tout n’est pas forcément plus simple, l’interconnexion des objets n’est pas sans risques mais ce monde est loin d’être aussi terrible qu’on voudrait nous le faire croire. Bien évidemment dans ce monde nos élites actuelles perdent le pouvoir. Les régions, les villes, les fermes solaires, les coopératives citoyennes, les usines, s’organisent entre elles à la vitesse de la fibre optique.

Le pouvoir central n’a plus le pouvoir car plus personne n’a besoin de lui. La communication, l’énergie l’information sont plus rapide de point à point qu’en passant par un pouvoir central qui ne peut faire mieux moins cher et plus efficace que le monde collaboratif qui se dessine.

Voilà une des raisons pour laquelle nos élites s’accrochent à un modèle qui a fait notre bonheur à la sortie de la guerre. Mais la France centralisatrice de nos grands corps n’est plus le modèle pour demain.

Parcs éoliens allemands actuels et prévisionnels
Parcs éoliens allemands actuels et prévisionnels

Et aujourd’hui, déjà, en Allemagne,

Aujourd’hui déjà en Allemagne les énergies renouvelables emploient 382 000 personnes (+ 222 000 depuis 2004)

Les allemands ont compris qu’il valait mieux transformer la transition énergétique en atout plutôt que de subir une contrainte qui s’appliquera inexorablement.

S’ils payent leur électricité plus cher qu’en France (env 10 milliards d’euros d’investissement par an), chaque euro est investi dans de nouvelles capacités de production (par le biais de la taxe de soutien aux énergies renouvelables) ou de distribution avec le développement d’un réseau géant capable de transporter les grandes quantités d’électricité éoliennes de la mer du nord vers les industries du sud. Le tout par des industriels allemands, des ingénieurs allemands, des ouvriers allemands qui développent un savoir-faire que nous n’avons pas.

« La dynamique de la progression des énergies renouvelables est telle qu’entre 2010 et 2012, l’augmentation de la production d’électricité renouvelable compense totalement la baisse de la production nucléaire. » explique Yves Heuillard de DDmagazine.

Aujourd’hui en Allemagne Audi fait fonctionner une unité qui produit du gaz « à coût marginal zéro » à partir de l’électricité éolienne pour alimenter un nouveau type de véhicule.

Aujourd’hui en Allemagne le prix de l’électricité arrive quelquefois à être négatif tant la quantité d’énergie renouvelable dépasse les besoins à certains moments !

27% de l’électricité est d’origine verte et elle devrait être de 50% en 2030.

EON un des grands énergéticiens allemand a abandonné ses centrales fossiles pour se concentrer sur les renouvelables. EnBw le 3° énergéticien du marché fait de même.

Il existe plus de 800 coopératives locales qui produisent leur propre électricité regroupant des dizaines de milliers de citoyens qui ont compris qu’ils pouvaient eux même produire l’énergie dont ils ont besoin. Un Allemand sur 60 est un producteur d’électricité !

La moitié de la production des renouvelables est le fait d’investissement des particuliers ou des agriculteurs, et 13 % viennent des grands groupes.

Les coopératives locales ont le droit de produire mais aussi de distribuer et revendre leur électricité ouvrant la porte à un investissement citoyen, souple, valorisé, locale et valorisant alors que le cadre français ne permet pas tout cela.

Aujourd’hui en Allemagne le parc immobilier a une consommation moyenne de 180KwH/m² par an là où la France pourtant située un peu plus au sud affiche 241 KwH/hep/m²/an.

Fribourg ville pionnière en la matière a mené une étude qui a conclu qu’en réduisant ses besoins l’autonomie énergétique était possible. La réduction de la consommation des bâtiments devient donc leur priorité.

Que faire ?

La loi sur la transition énergétique ne s’est pas transformée en un grand débat citoyen bien que la consultation ait été ouverte à tout le monde. Les citoyens les médias et les acteurs économiques intermédiaires ne se sont pas encore emparés de ce sujet. Mais nous devons comprendre que nous avons beaucoup à gagner en emplois, en innovations, en indépendance nationale, en stabilité démocratique et enfin en protection du climat.
Nous devons voir que le monde des énergies renouvelables n’est pas un retour au moyen âge au contraire tant l’internet y est un facteur clé et que la réduction de notre consommation ne se joue pas à quelque pourcents mais de l’ordre du facteur 2 ou 3. (Divisé par 2 ou 3)

Dans cet optique la rénovation des bâtiments n’est pas une lubie d’écologistes en tongs de chanvre, ni de lobbys verts déconnectés des réalités ; Mais une priorité immédiate et de long terme totalement intégrée à la transition énergétique.

Changer les fenêtres, changer la chaudière, changer de convecteurs électriques (donc nucléaires) ne constituent pas le seul horizon de transformation pour nos habitations,
La rénovation des bâtiments ne doit pas être une marotte des politiques soutenue par le lobby du bâtiment pour espérer quelques dixièmes de points de croissance à annoncer dans la presse.

Mais bien une vague de fond pour notre économie et notre société une source d’innovation, une source d’emplois de long terme, un moyen de réduire notre déficit extérieur énergétique sans avoir peur de tester des modèles économiques nouveaux dans la production, la distribution, l’achat et la vente d’énergie qui de toutes façon s’imposeront à nous par l’épuisement des ressources fossiles, l’augmentation faramineuse de l’électricité nucléaire,

 

Le nucléaire : regardons les choses en face

Et notre politique extérieur s’en trouvera apaisée

Les aspects négatifs de la politique allemande sont du « pain béni » pour nos technocrates nucléophiles qui croient dur comme fer en un modèle qui pourtant s’écroule.D’un point de vue mondial le nucléaire est le moyen de production d’énergie ayant reçu le moins d’investissement ces dernières années tant la planète découvre les vertus économiques de l’énergie éolienne et l’énergie solaire après être devenue méfiante suite à Fukushima.investissements energieLa France avec sensiblement 10% du parc nucléaire mondial sur son territoire veut croire aux qualités de son industrie et ses perspectives d’avenir mais c’est l’industrie nucléaire elle-même qui s’est passée la corde autour du coup :

Areva cumule les déboires à la fois dans l’approvisionnement et la production.

  • Nous citoyens français allons devoir mettre la main à la poche après les investissements erratiques dans des mines vides, pour un montant de 800 millions d’euros !
  • et le seul modèle de centrale au catalogue, n’existe toujours pas et accumule les retards mais surtout les surcoûts. Son prix de construction sera tel que l’alternative vers les énergies renouvelables s’imposera d’elle-même.

Le lobby nucléaire français se discrédite lui-même pour avoir manqué de vision à avoir été trop présomptueux.
Certes le nucléaire restera surtout en France un moyen de production encore incontournable pour quelques décennies mais la chose sera entendue dans peu de temps maintenant :

Il faudra bien admettre que le coût des énergies renouvelable est compétitif, que le nucléaire est l’un des plus cher et organiser notre approvisionnement énergétique et son modèle économique différemment.

La question de l’énergie est également fortement liée à notre politique étrangère: A moins d’être totalement cynique et penser que l’honnêteté la franchise, le modèle démocratique, le soutien aux bonnes causes n’est qu’un vernis destiné à amadouer les citoyens naïfs, à faire rêver les demoiselles ingénues en quête d’un diplôme de business éthique ; il semble que la politique étrangère pourrait modifier ses postulats d’action :Dans ce monde idéal la politique du pétrole et de l’uranium s’en trouve modifié.Maintenir des régimes africains de pacotille au pouvoir pour garantir notre approvisionnement n’est plus la priorité

  • Le Gabon pays producteur de pétrole et partenaire de la France depuis des décennies ressemble encore au tiers monde avec seulement…. 1.7 millions d’habitants.
  • Le Niger principal fournisseur d’uranium de la France (75% de notre électricité est d’origine nucléaire) est le 198° pays le plus pauvre de la planète (sur 200…) avec 17 millions d’habitants.

Le reste de notre politique serait plus libre.

  • Avec les pays du Moyen-Orient qui achètent nos fleurons industriels ou immobiliers avec l’argent que nous leur glissons au fond de leur poche à chaque passage en stations-service et pour lequel nous fermons les yeux sur leur conception de l’islam et le rôle de la femme.
  • Avec la Russie dont nous ne pouvons dénigrer l’attitude envers la Crimée et l’Ukraine tant cela remet en cause notre approvisionnement en gaz.

Voilà quelques exemples parmi tant d’autres.

 

 

 

 

 

 

 

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