Les décisions du gouvernement suite au moratoire sur le photovoltaïque commencent à être connues depuis hier.

A quelques jours des décisions officielles, voici un rappel de la situation.

A la fin 2010 le gouvernement décrète un moratoire de 3 mois sur les projets d’installations solaires photovoltaïque hors particuliers.

Levée de boucliers chez les professionnels qui crient au scandale. Leur activité économique est purement et simplement stoppée du jour au lendemain pour 3 mois.

Entre le gouvernement qui dénonce un marché de spéculateurs et d’opportunistes et des professionnels qui alertent sur les conséquences en termes d’emplois qui croire ?

Une énergie mature :

Bien que la part des énergies renouvelables reste très faible dans le mélange (mix) énergétique français. Leur part ne cesse de prendre de l’ampleur et cela ouvre bien des perspectives dans un univers ou l’on ne jurait que par le gaz, le pétrole et le nucléaire.

Ainsi l’éolien, bien que décrié, combattu, par les associations locales, les responsables de collectivités locales ou les défenseurs des paysages et certains écologistes, l’éolien commence à dépasser l’épaisseur du trait dans les statistiques de production de l’électricité nationale.

On note quelques jours notables ou l’éolien à dépassé les 4 voir 7% de la production électrique. Voir ici quelques chiffres sur ces journées mémorables.

Ainsi quelque chose qui semble artisanale peut représenter 7% de notre production électrique.

Eolienne
Eolienne : crédit flickr http://www.flickr.com/photos/mattphipps/3797529002/sizes/s/

Un constat de surchauffe

De son côté le solaire photovoltaïque est en train en raison d’une politique de rachat plutôt avantageuse d’atteindre l’objectif du Grenelle pour 2020 …en 2012. C’est cette surperformance qui a conduit le gouvernement à déclarer ce moratoire sans trop d’état d’âme.

Les particuliers ont profité de l’aubaine économique. 8% de  rentabilité. Comment hésiter face au 2% de la caisse d’épargne.

Les professionnels ont pris le relais. Les agriculteurs y ont vu un revenu complémentaire. Des spécialistes financiers proposent la construction gratuite de hangars pour y placer leur toiture photovoltaïque. De cela, des hangars inutiles surgissent dans les zones rurales payés par les investisseurs qui prennent ensuite une part du revenu électrique généré.

Les bâtiments industriels intègrent la toiture photovoltaïque dans leur business plan. Bref des MW de photovoltaïque surgissent un peu partout mais le marché change. Les prix du matériel baissent beaucoup le tarif de rachat reste identique et les margent augmente. Les appétits se décuplent.

Panneaux solaires . Crédit Flickr pv411 http://www.flickr.com/photos/pv411/4889307031/sizes/m/

Un moratoire?

Enrplan et le SER les deux syndicats de professionnels du photovoltaïque reconnaissent le tarif de rachat trop élevé.

Une baisse des prix étaient souhaités par tous les représentants des professionnels mais le gouvernement s’y est t il bien prit?

« A-t on vu Peugeot ou Renault interdit de vente de leur véhicules en attendant un ajustement de la réglemenation! » dénonce le député Vert François de Rugy au colloque du SER.

De son côté la ministre NKM à ce même colloque se défend Le Portugal, l’Espagne ou l’Italie ont pris les même mesures, ce n’est pas une exception française.

Certes mais « en Allemagne les tarifs de rachat sont de 25 cts contre un équivalent à 58cts chez nous » indique le représentant de l’association des Industriels du photovoltaïque français (AIPF) lors du dernier salon des énergies renouvelables.

Bref l’autorité s’est faite débordé mais ne veut pas le reconnaitre. Depuis longtemps certains dénoncent les tarifs trop élevé mais le gouvernement a été incapable d’un ajustement en douceur.

Arrête un marché purement et simplement pendant quatre mois est il admissible comme mode de gouvernement ? Comment un gouvernement issu du parti libéral, défendant l’entreprenariat, l’innovation et les PME peut il décider un temps mort comme au basket ?

Les conséquences seront forcément une perte d’emploi.

Un ajustement du tarif va de toute façon conduire à un écrémage du marché des professionnels les plus opportunistes. Mais un arrêt complet met en péril des sociétés sans distinction de qualité déontologique.

Le secteur est estimé à 20 000 emplois et ce serait entre 5 et 10 000 personnes qui auraient étés mises au chômage.

De 3 mois le moratoire a plutôt un effet de 6 mois. Car peu avant sa mise en place tout les projets avaient été stoppés et ensuite il faudra réamorcer la pompe, redonner confiance aux investisseurs et aux banques qui financent l’opération et ne comprennent plus rien à ce domaine qui ressemblent plus au casino et ses néons électriques qu’a une industrie de production de cette même  électricité.

Un tarif de transition pour sortir de la crise ?

Pour éviter un effet ciseaux trop violent, et permettre une adaptation un peu plus facile à un nouveau système. La clé serait selon les professionnels un système de prix transitoire pour permettre aux projets en standby de disposer de conditions intermédiaires qui ne bouleverserait pas totalement l’équilibre économique conçu sur les anciens tarifs.

Un marché défini comme au temps des anciens pays de l’est ?

Le gouvernement est en train d’établir des quotas annuels d’installation.

Un peu comme l’URSS donnait des quotas de production de pantoufle ou d’ampoules électriques ? Je me demande s’il y a d’autres secteurs qui sont pilotés de la même manière.

Un marché de 500MW par an.

Ce serait donc 500MW qui serait alloué chaque année réparti en

150 MW pour les particuliers

250 MW pour les centrales au sol

150 MW pour les grandes toitures.

Or de l’avis de tous il faudrait au moins 1GW pour que le tissu industriel survive et prospèrent que nos champions photovoltaïque nationaux trouvent dans le marché national suffisamment de souffle pour partir à l’export.

Maintenir un marché inférieur pour limiter le montant du rachat (et donc de la CSPE cf. ci-dessous) ce serait enterrer notre industrie naissante et la remplacer par un marché d’importation.

1,5 milliards d’euros de déficit dénonce la ministre mais ce chiffre est tronqué car il comprend aussi les importations européennes (IE allemandes) qui sont vue comme plus vertueuses.

Le mauvais argument : La CSPE :

Il semble qu’a la veille des élections le gouvernement tremble devant la CSPE qui est présenté comme une taxe qui pèse sur la facture d’électricité tous et donc également des plus démunis pour payer les installations solaires des plus riches.

Or seule une fraction de la CSPE est consacré au rachat du solaire. Cette somme représenterait de l’ordre de 12 euros par an et par foyer.

Faible montant pour créer une industrie locale, alléger notre facture d’importation de pétrole et d’uranium, nous rendre un peu moins dépendants des aléas mondiaux de ces fournitures.

L’hypothèse corporatiste :  Le corps de mines, mafia de la politique énergétique du pays?

Historiquement la politique énergétique de la France est aux mains du corps d’élite des Mines.

Influents dans les grandes sociétés françaises d’énergie et au sein des instances gouvernementales et politiques ils réagiraient comme une colonie de cellules en danger en essayant de repousser les agresseurs hors de leur pré carré.

C’est une vision systémique qui est pertinente. Jamais le débat sur l’énergie n’aura été aussi ouvert. Jamais il n’y aura eut autant de producteur d’énergie en France. Petit à petit la force des énergies renouvelables et leur efficacité (toute relative aux yeux des fans du nucléaire) vient contredire la pensée unique des grands groupes énergétiques sur le nucléaire ou le pétrole.

Les lignes bougent

Si les tensions sont aussi fortes autour de l’énergie solaire ou éolienne c’est probablement parce que les lignes de force dans le domaine de l’énergie au niveau national sont en train de bouger.

L’éolien arrivera à la parité marché dans deux ou trois ans. C’est-à-dire que le prix de revient d’un KWh éolien sera au niveau du prix KWh sur le marché européen. De quoi bouleverser encore le cadre de pensée qui piloter notre politique énergétique, remettre en question le nucléaire. Par ailleurs les jeunes des pays arabes qui se soulèvent contre leurs dirigeants soutenus pendant des décennies par nos gouvernants (et avec notre assentiment d’électeurs) nous rappellent notre condition de drogués au pétrole.