Augustin Romanet a été durant 5 années de 2007 à 2012, Président de la Caisse des Dépôts et Consignation. Le bras armé de l’Etat dans l’économie nationale.

La Caisse des Dépôts c’est 69 000 personnes et un bilan de 224 Mds d’euros quand les recettes de l’état se montent en 2011 à 270 Mds d’euros environs.

Au travers de nombreuses filiales la Caisse des Dépôts permet de concrétiser les décisions que les hommes politiques établissent pour la France en matière d’investissement et de politiques économiques.

Pour cette raison la vision de l’économie française par ce grand serviteur de la nation allait être passionnante. Je le dis de suite j’ai été déçu.

Augustin Romanet dans, ce livre, nous parle de beaucoup de choses et finalement, pas assez, du fonctionnement de la CDC et du pilotage des finances du pays. Peut-être pour décompresser de sa mission qui se terminait au moment de l’écriture de ce livre (les élections présidentielles approchaient).

C’est seulement la seconde partie concernant la finance qui retiendra votre attention :

« En 2010 le volume échangé sur le marché des devises était de 4 000 milliards de dollars par jour quand le total des transactions mondiales représente 18 900 milliards soit une semaine de transaction du marché. » (p.198)

Autrement dit en une semaine de marché de devises l’économie mondiale a échangé ce dont elle a besoin pour un an…

ensuite

« Durant les 40 dernières années […] du fait de taux d’intérêt très bas, l’argent est devenu un objet de commerce en lui-même, déconnecté de la réalité des échanges. [..] Le défi du politique est de remettre l’argent au service des échanges. » (p.208)

La dernière partie nous explique comment d’un côté la finance a mis en place ses propres règles en éliminant les contrôles externes, pour sortir de son rôle de financeur de l’économie et devenir une industrie à part entière mais sans rien produire de concret.

De l’autre les entreprises se sont lancées elles même sur les marchés pour y trouver leur financement et on a imposé aux entreprises cotées des normes comptables inspirées par les financiers : La norme IAS s’impose de fait à toutes les entreprises cotées. La valeur comptable de l’entreprise devient celle de la capitalisation boursière et non celle de ses actifs (brevets, machines, savoir-faire, patrimoine, …)

Ainsi on a injecté dans les entreprises une sorte de poison mortel : l’industrie voit ses efforts jugés par les maitres croupiers d’une finance casino qui a perdu contact avec la réalité.

C’est là que se trouve une des plus grande fautes de politiques : avoir abandonné leur responsabilité aux élites de la finances, sans supervision,  en abandonnant leur pouvoir. L’auteur a d’ailleurs pris position publiquement contre cette norme au moment de son adoption.

Alors il faut des contrepouvoirs, A. R. y consacre des pages. Mais en grand serviteur de l’état ce contrepouvoir est celui lui le fait de commission chargé de contrôlé : A mon avis grave erreur : les commissionnaires seront issus du même sérail : rien à en attendre.

Par contre il effleure le sujet sans en percevoir la toute-puissance : le contrôle peut venir des citoyens ; Il prend l’exemple du Grenelle de l’environnement un exemple de collaboration ou le monde politique a écouté la société civile avant de légiférer.Il n’entrevoit pas le changement de civilisation dans lequel nous sommes qui permet aux citoyens de reprendre un peu de contrôle grâce notamment au pouvoir latéral que décrit si bien Jeremy Rifkin.

Nous avons fait confiance aux politiques mais par manque de courage ils ont fait une politique à crédit sans (p 217) écrire explicitement les conséquences que nous payons aujourd’hui. Les politiciens ont fait confiance à la finance pour s’autoréguler. Et le système est devenu fou.

Pour conclure seul un retour au long terme à une politique définissant des objectifs dans la durée permettront selon lui aux pays de se redresser. Certes ! mais comment croire que cela arrivera spontanément.

Pour lire cette seconde partie vous aurez d’abord parcouru la première partie :

Durant les 100 premières pages l’auteur essaye de nous convaincre que nous sommes passés dans une société de satisfaction immédiate préjudiciable aux choix à long termes sur lesquels l’état devrait s’engager.

« Pour les humains l’avenir a longtemps constitué un horizon ou se libérer […] Il est aujourd’hui considéré avec inquiétude comme une prison ou l’on redoute de voir nos mains liées. […] L’observation des jeunes internautes, nos enfants qui jonglent sur Facebook entre plusieurs invitations pour le même soir et se réservent la possibilité de changer leurs projets jusqu’à la dernière seconde en témoigne de façon éloquente. L’engagement est alors vécu comme une entrave à la libre expression du désir immédiat. » (p. 44)

« Alors qu’en 87 la durée moyenne de détention d’une action était de 7 ans elle n’est plus que de quelques mois en 2007 » (p. 40)

On découvre qu’en 95 98 la France ne disposait d’aucun outil de pilotage des dépenses pluri annuelles ! et que les directions budgétaires des ministères gardaient bien jalousement leurs chiffres (pourtant ces données nous appartiennent) et que grâce à notre auteur cette situation est maintenant de l’histoire ancienne.

Ensuite  A R propose ses solutions pour améliorer le pilotage de l’état et le pilotage politique.

Vous éviterez la démonstration pas du tout convaincante de la théorie de Strauss et Howe sur les cycles des habitants de démocratie qui passerait par des cycles presque ésotériques de population de « prophètes », de « nomades » et « héros ».

L’auteur demande aux élites de viser plus loin et plus haut mais selon lui ces hommes de pouvoirs ont besoin de contre-pouvoirs pour juger leurs décisions, les contrebalancer, les mettre en lumière. D’où la recommandation de système assez lourd et complexes pour contrôler (Conseil national des finances publiques (p.147) Augmentations pouvoirs du Cor (retraites)); Voir de former un institut de la responsabilité pour former les élites à l’éthique de la responsabilité. !!

Autrement dit un énarque propose que ses jeunes confrères, parmi les esprits les plus brillants, du pays suivent des cours de rattrapage sur « comment être un honnête professionnel » !
Si à la sortie de l’ENA les diplômé ont besoin de ce genre de formation autant supprimer l’institution au plus vite ! (p. 132)

D’autres pistes pour l’amélioration de la vie politiques sont évoquées comme la diversification du recrutement, l’augmentation de la parité, la mise en place de passerelles permettant le passage du privé vers la carrière politique et ensuite dans la fonction publique.

Un ouvrage qui finalement nous laisse sur notre faim sur le monde assez opaque des marchés financiers alors qu’Augustin Romanet dispose de la connaissance et de la pédagogie qui aurait pu nous aider à comprendre cet univers qui nous impacte tous et sur lequel personne ne semble avoir la main.