Cette phrase je l’ai entendu lors de « Le web comme force du changement, comme levier de révolution citoyenne. »
réunion organisée à la maison des métallos Le 29  octobre dernier (2012).

Le web citoyen dont on marque l’apparition vers 2005, a été l’objet de toutes les espérances. Le web allait pouvoir changer la société. Chaque citoyen pouvait dorénavant communiquer avec chaque autre, court-circuiter les élites, mettre en place des organisations qui contournaient les réseaux centraux qui jusque-là gardaient  la main mise sur l’information et la structure de la société.
C’est sur quoi ont discuté Thierry Crouzet et Thierry Vedel respectivement “expert de rien” et chercheur au CNRS encadré par Christophe Ginisty, spécialiste de la communication  et plus précisément de la communication en ligne.

Thierry Crouzet est un militant que l’on sent imprégné d’un esprit révolutionnaire et d’une profonde envie à la fois de changer le monde et  de croire que ses pairs vont un matin se lever comme lui pour manifester leur opposition aux pouvoirs centraux aux monopoles cupides au oligopoles turpides.

L’homme a le sens de l’humour, un caractère sanguin et une capacité à la formule acerbe qui rend ses interventions savoureuse mais excessives. après polissage, ses interventions restent très intéressantes.
le web est une révolution mais ses prévisions ne se sont pas encore réalisées. telle est sa conclusion.

Le web court circuite les réseaux centraux il permet à chacun de s’organiser. Cette réorganisation est une révolution potentielle.

En effet produire de l’électricité qui est réinjectée dans le réseaux (grâce à un pilotage du réseau) c’est enlever du pouvoir à EDF, Aller faire ses courses directement chez un paysan (trouvé grâce au Net) c’est enlever du pouvoir à Auchan ou Carrefour.
Échanger sur www.leboncoin.fr c’est refuser de s’équiper via les circuit classiques, les hypers, les grossistes, les enseignes de bricolages et réduire l’utilisation des ressources de la planète.

Mais la révolution n’a pas eu lieu. S’il y a eu des signes avant-coureur elle n’est pas là aujourd’hui.
Peut-être même que nous faisons marche arrière car après une décentralisation très forte de l’Internet, un mouvement inverse apparaît.  Facebook et Twitter recentralisent la communication entre les hommes. Les blogs perdent de leur influence. (les 10 premiers blogs français ont aujourd’hui moins d’audience qu’il y a à 3 ans). et la participation à la vie du net se limite trop souvent à appuyer sur “j’aime” sur Facebook ou re-twitter un tweet qui par définition est déjà limité à 140 caractères…..
Après une ébullition ne revenons nous pas vers un appauvrissement du net , une perte d’espoir ?
Le web s’étend autour de la planète mais c’est souvent pour nous mettre en contact avec notre voisin.
La perspective d’entrer en contact avec un habitant d’un autre continent aussi simplement qu’avec notre voisin de palier devient sans objet et finalement nous avons de nouveaux amis toujours aussi locaux qu’avant voir plus.
Découvrir un agriculteur local, découvrir un artisan local, découvrir un passionné avec qui partager le même passe-temps : Internet nous a finalement ré-ouvert les portes de notre voisinage.

Une complexité croissante, ingouvernable.
“les politiques prennent des décisions dont ils ignorent les conséquences, pourquoi leur donner le pouvoir ?”
T Crouzet pense que le monde est trop complexe pour être géré et qu’il faut revenir à des ensemble de relations à plus petite échelle, plus simples, qui peuvent être testés avant d’être étendus. Dans notre économie mondialisé les problème sont forcément planétaire. Un peu comme des champs  de mono culture du maïs qui peuvent mourir d’un seul parasite !

Thierry Vedel est un homme plus modéré qui pense que les mouvements révolutionnaires existaient avant l’internet. Que mai 68 s’est fait sans l’internet et que les médias traditionnels dominent encore largement l’information.
L’information du net quitte le stade du buzz pour devenir une vrai information partagée par tous quand les médias classique la reprennent. Le contraire n’est pas vrai.

C’étaient quelques lignes pour vous faire partager ces réflexions qui replacent bien le net dans son univers. Un média dont les conséquences vont au-delà de la simple remise à plat de la communication entre les hommes, un média qui perturbe les organisations sociales en place sans pour autant que le résultat soit encore suffisant pour faire tomber les puissances établies de ce monde.

Dans la foulée, le soir d’après, ce 31 octobre, Direct 8 dans son émission En quête de solutions se propose de montrer comment « les Français » améliorent leur revenus grâce à de nouvelles astuces.

Au programme :
AirBnB : un site internet qui met en contact des particuliers qui veulent louer leur appartement et des touristes qui ne veulent pas aller à l’hôtel.
Ce phénomène a tellement pris d’ampleur à New-York que des immeubles sont parfois entièrement transformés en hôtel. Le phénomène arrive à Paris et le fisc et la mairie de Paris voient cela d’un très mauvais œil.

Le troc : (france troc Gchangetou) Internet permet de démultiplier le choix et votre vieil objet a plus de chance d’être échangé grâce à la place de marché géante que permet internet.
Des centaines de milliers de personnes sont inscrites sur ces sites.
Le troc a ses limites et un système de monnaie virtuelle fera surement à nouveau surface comme le propose les SEL et sur lequel le fisc avait déjà eu l’occasion de se pencher.

Les restaurants à domicile: Renommés restaurant clandestins prennent de l’ampleur des dizaines de milliers de particuliers reçoivent contre argent de parfaits inconnus.

La profession des restaurateurs crie à la compétition illégale puisqu’aucune charge ne s’impose à ces particuliers. La plupart n’organise que 2 ou 3 repas par mois.
La DGCCRF est impuissante. Ce phénomène n’est pas interdit tout ce qui n’est pas interdit est autorisé mais dans quelques temps une loi finira par interdire ces opérations mais le contrôle sera difficile.

Autre tendances évoquées :
Le covoiturage : il prend de l’ampleur. Et quelque part il concurrence les taxis et la SNCF.

La location de sa propre voiture a d’autre particuliers : La France est parait-il le premier pays en nombre de véhicules proposés à la location. (ZilokAuto, Deways)

L’échange de service  et la location de matériel notamment de bricolage. :
servisphere Quelque part cela consiste en du travail déguisé.

En conclusion pour améliorer son quotidien, Internet est LA solution. Et toutes ces solutions ne sont pas anodines elles bousculent complètement l’ordre établie, “les systèmes” comme on dit.  L’Etat et les professionnels du secteur concerné y sont toujours opposé.
Mais la lutte va être difficile, le contrôle délicat. Ou situer la limite ?

Et puis surtout les pouvoirs en place n’ont pas de solutions.
Il ne peuvent nous garantir des emplois, ils ne peuvent éviter de nous mettre en déficit et nous coller des dettes pour les décennies à venir et n’ont pas les moyens de freiner l’épuisement des ressources de la planète.

Le monde est trop complexe. Alors que les solutions proches, simples peuvent être testées. Seules celles qui marchent survivent. La complexité de notre monde le rend ingérable et dangereux pour notre propre survie à long terme. Le modèle centralisé et « productiviste » n’assure incomplètement son rôle de « solution de vie” pour les populations.
La possibilité de faire évoluer notre organisation se trouve maintenant entre nos mains.

Cristophe Ginisty qui animait le débat a posté une note lumineuse comme il en a régulièrement l’habitude sur la manière dont les plus jeunes envisagent l’internet, je vous conseille sa lecture.

 

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