Jeremy Rifkin est un prospectiviste américain de renom.

La « Troisième révolution industrielle » paru en février 2012, est un ouvrage passionnant ou il livre le fruit de ses années d’études, de réflexions menées à la fois lors de travaux de recherche mais également à l’issue de rencontre et de missions de conseil, ou il a pu observer « de l’intérieur » l’évolution de notre monde. Pour ceux qui se demandent comment va évoluer notre monde, et comment l’économie verte va pouvoir prendre le pouvoir alors ce livre est fondamental.

Il a écrit quelques livres remarquables notamment sur l’hydrogène et la société de l’internet,ainsi que « la fin du travail » paru en 1996. Vous consulterez sa fiche Wikipédia pour tout savoir sur lui.

La « troisième révolution industrielle » est la combinaison de cinq piliers :

1°) Le passage aux énergies renouvelables

2°) La transformation de tous les bâtiments en centrale de production énergétique que ce soit de source solaire, thermique ou géothermique

2°) le développement des technologies hydrogène et d’autres, spécialisées dans le stockage des énergies renouvelables

3°) L’utilisation de la technologie internet pour gérer l’introduction des énergies intermittentes sur le réseau et leur utilisation par tous les différents acteurs.

5°) le passage aux véhicules électriques pour leur capacité à consommer des énergies renouvelables mais également pour leur capacité à stocker et à la revendre de manière souple et en lien avec les points précédents.

Mais attention ces cinq point ne sont valables que conjointement.
2 voitures électriques et 3 immeubles producteurs d’énergie ne font pas un réseau intelligents et ne permettent pas l’équilibre économique du système ni l’équilibre énergétique.  Seule donc une vision d’ensemble, un plan général une volonté politique partagée au niveau global (européen) peut permettre l’aboutissement efficace de ce plan.

Il y a eu de nombreux articles pour résumer le livre et cette thèse des cinq piliers aussi j’insisterais sur quelques points particuliers.

 J R l’ami des grands

Les dirigeants du monde, Jeremy Rifkin les connait bien, même très bien. Dans le livre il raconte ses rencontres avec notamment les dirigeants européens. Le style  à l’avantage de rendre le livre agréable à lire, rendant le lecteur accroc pressé d’aller plus loin. Pressé de savoir ce que Angela (Merkel) lui a répondu à lui Jérémy sur sa troisième révolution industrielle, Ou comment Manuel (Barroso) réagit à la proposition.  David  (Cameron) et Ed (Milliband travailliste anglais) et José Luis (Zapatero) et les italiens tous ont parait-il voulu mettre la 3° révolution industrielle au cœur de leur politique et curieusement les dirigeants français ne sont pas cités.

Bref JR abuse un peu du « name dropping », un poil cabotin notre prospectiviste américain, n’hésite pas à dire que la communauté européenne a entériné son plan pour la 3° révolution industrielle et que nous sortirons de la crise grâce à lui.

Ce manque de modestie est un peu surprenant mais en contrepartie, J R n’a de cesse de faire des compliments sur la politique des pays européens et l’Europe en général ; au point qu’on se demande comment il n’est pas pris pour un affreux communiste dans son pays…

 De la vitesse du changement et de la possibilité du changement

Aux USA le pétrole n’a supplanté le charbon qu’en 1950. (P163) Les limites du pétrole se font maintenant sentir. Soit 60 ans plus tard. Comme quoi tout va très vite.

En 1982 38% des 400 hommes les plus riches par le magazine Forbes aux USA était dans l’industrie pétrolière ou ses dérivés.
En 2006 36% des américains les plus riches viennent des technologies et de la finance.(p.227) soit 24 ans d’écart.

Ce qui est un signe clair que les temps changent.

(D’ailleurs qui pensait que GM la première entreprise mondial pourrait faire faillite ? C’est pourtant ce qui a failli se passer si le gouvernement US ne l’avait pas soutenu en 2007-2008.)

L’auteur revient plusieurs fois nous donner des exemples de changements passés. En bien des cas notre société actuelle surprendrait un de nos ancêtres du siècle précédent. Déjà nos plus anciens contemporains n’imaginait pas l’ampleur du changement qu’ils allaient vivre et qu’ils ont pourtant vécu.C’est un point récurrent du livre : Ce qui va nous arriver semble improbable mais bien des choses improbables ont bouleversées la vie de nos parents ou grands-parents ces cinquante dernières années. Pour le meilleur comme pour le pire

L’argument est valable dans les deux sens. Les choses plus terribles peuvent arriver : la seconde guerre mondiale est arrivé. Une série de nouvelle guerre est-elle si improbable ? Mais également dans l’autre sens : passer à une société post pétrole en 50 ans ?
Pourquoi pas puisque que nous avons fait le chemin du charbon vers le pétrole au moins aussi rapidement. Donc nos enfants pourront voir, avant la fin de leur vie, un monde organisé pour vivre sans pétrole. Le pire n’est jamais certains mais le meilleur n’est pas toujours impossible.

 Le pouvoir latéral : la fin du monde hiérarchique, la fin du monde droite gauche

Ce terme décrit assez bien ce que l’internet apporte aux systèmes politiques économiques et sociaux actuels : un grand coup de pied dans la fourmilière hiérarchiquement ordonnée.

Les systèmes économiques anciens sont organisés hiérarchiquement. Les systèmes énergétiques actuels sont hiérarchiques. Les systèmes politiques sont hiérarchiques.

Le monde ne devrait plus s’organiser droite gauche, mais pouvoir hiérarchique et pouvoir latéral. Les jeunes ne vont plus réfléchir en terme droite ou gauche tout les deux étant basés sur des organisations hiérarchiques, mais sur une vision du monde ou les relations entre les différents agents de la vie publique sont prises en compte pour faire évoluer les règlements et lois.

D’après ses chiffres l’économie collaborative, associative représente déjà une part importante de l’économie et ses perspectives résoudrait les problèmes de croissance.

De la même manière notre système énergétique actuel est très centralisé :
Les points de d’extraction et de production nécessitent de d’importants capitaux, ils entrainent de fait des accords politiques excluant bien souvent la démocratie dans ces pays où se trouvent ces richesses minières ou énergétiques.

Les énergies renouvelables aux contraires sont déconcentrées, dispersées. Il en résulte une répartition plus équilibrée des pouvoirs et la limitation du pouvoir des différents acteurs. Personne ne peut exercer une pression sur le marché de manière excessive. L’équilibre est plus facile, permanent.

La propriété privée au sens ou nous l’entendons dans les société occidentale n’est pas forcément une chose génétiquement incluse dans l’homme. D’ailleurs pendants des millénaires l’homme a vécu avec des organisations différentes auquel on peut reconnaitre quelques avantages (mise en commun des outils de production dans un village, partage de certaines tâches). En fait notre propriété individuelle n’a que 200 ans d’existence face aux 3 ou 4 000 ans de vie sociale de l’homme. Certains ajustements pourraient donc survenir.

L’influence des entreprises dans la vie publique.

J R démonte l’argument américain selon lequel les entreprises libres doivent le rester pour garantir le bien-être de tous. A coup d’exemples historiques il rappelle comment les lobbyistes influent la vie politique américaine à leur seul avantage comment les lois sont votées pour favoriser tel ou tel activité/région/entreprise.
Le résultat est le paradoxe selon lequel les américains croient fermement que l’état ne doit pas se mêler de la vie des entreprises alors que depuis les années 1700 les lobbyistes influent eux sur les lois votées ! (p189)

Instructif : Entre 1980 ET 2005, 80% de l’augmentation de richesses aux USA est allé au 1% les plus riches ! p165

C’est dans les 100 dernières pages que l’ouvrage devient décapant à travers 2 thèmes : l’entropie et son application aux lois du marché et la biophilie.

L’entropie

Ce thème, JR l’a abordé dans son ouvrage éponyme paru en 1980.. mais j’étais trop jeune à cette époque.

L’entropie décrit comment, dans la nature, l’énergie va de la forme compacte à la forme dispersée : le charbon brûle en libérant de l’énergie et une fois la chaleur dégagée il est impossible de reconstituer la réserve d’énergie sauf à en re-dépenser beaucoup pour reconstituer le charbon.

L’auteur se lance ensuite dans une longue démonstration pour montrer que les économistes fondateurs de notre système tel que JB Say ou Adam Smith se sont appuyés sur des règles physiques inappropriés pour décrire la notion d’équilibre physique et donc la notion d’équilibre du marché dans le cas du libre-échange. Ces théories anciennes seraient sous-jacentes à notre système économique actuel.

J’avoue que j’ai du mal à être convaincu car dans cette partie du livre les références externes deviennent plus rares. Cette théorie de J R est-elle appuyée par d’autres économistes actuels de renoms ? C’est la question qui me reste à la fin de la démonstration.

Si le détour sur les bases de la théorie économique semble obscur la démonstration selon laquelle nous détruisons des réserves énergétiques ou nous dispersons des minerais important à travers la production de biens de consommation très difficiles à recycler s’accepte néanmoins très bien : (p. 295)

Ce court extrait est  à mon avis fondamental :

[ ] Si cela échappe à la plupart des économistes actuels c’est parce qu’ils ne comprennent pas que toute activité économique est un emprunt aux réserves énergétiques et matérielle de la nature. Si cet emprunt fait diminuer le généreux trésor de la nature plus vite que la biosphère (l’écosystème) ne peut recycler les déchets et le réapprovisionner, l’accumulation des dettes entropiques finira par provoquer l’effondrement du régime économique qui exploite les ressources, quel qu’il soit.

 Et si les économistes rétorquent souvent qu’il tiennent compte de la facture entropiques en factorisant ce qu’ils appellent les externalités négatives (c’est-à-dire les effets délétères des activités de marché sur des tiers[…]

Le problème est que le cout total sur toute sa durée, pour les tiers, la société dans son ensemble, l’environnement et les générations futures n’est jamais pris en compte.

 S’il l’était, les acteurs économiques devraient pour la plupart verser des indemnités très supérieures à leur profit et le capitalisme de marché n’y survivrait pas. Les contraindre à payer une amende occasionnelle […] ce n’est même pas le début du commencement d’une action sur la vraie nature de la facture entropique

La biophilie

Ce mot décrit le lien que l’homme entretien avec la nature.

En une phrase : L’homme industriel observait la nature pour mieux l’utiliser ou la piller. L’homme de demain cherchera comment vivre avec la nature.

L’homme a cru pouvoir s’affranchir de son lien avec la nature dans un nouveau monde matériel mais il en perd son humanité, et le bonheur n’est pas au rendez-vous.

JR cite un certain nombre d’études qui tendrait à prouver l’importance psychologique, neurologique de ce lien avec la nature.

Les malades guérissent plus vite dans un cadre proche de la nature, les enfants sont plus équilibrés dans un cadre qui les rapproche de la nature et d’une manière générale l’homme est plus équilibré dans un cadre naturel que dans un cadre urbain.

Les jeux vidéo et les univers virtuels, les environnements hyper-connectés qui ne respectent pas les rythmes de la nature ne favorisent pas un développement harmonieux de l’enfance.

Définir que l’homme doit rester en relation avec la nature pour son bien être psychique est assurément une idée novatrice dont la déclinaison à tous les niveaux de notre société aurait bien des conséquences. (À commencer par condamner au bucher quelques architectes urbanistes des années 70 80 voire 90 et 2000.)

« L’efficacité mécanique a apporté une grande richesse matérielle à une partie importante de l’espèce humaine mais en compromettant l’équilibre des écosystèmes de la terre. »

Retrouver le lien biosphérique devient une priorité.

L’éducation des enfants doit recréer ce lien perdu (pas partout certes) avec la nature. Afin que chacun puisse comprendre d’où vient ce qu’il mange ce qu’il boit comment la vie animale et végétale se produit et qu’il convient de le respecter.la nature n’est pas un réservoir mais un ensemble de relations actives entre les différents éléments de l’écosystème.

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