Une cave viticole désaffectée transformée en hôtel restaurant et en cave viticole rénovée, fonctionnant en quasi-autarcie énergétique grâce à de la géothermie et des cuves de stockage de froid et de chaud.

C’est le pari un peu fou lancé par un couple d’architecte attaché à ce village, Bélesta, situé au pied des montagnes à 30 minutes de Perpignan.

Le couple Franco Autrichien a travaillé de nombreuses années en Autriche qui porte, comme vous le savez, un des berceaux de l’architecture basse consommation. http://fr.wikipedia.org/wiki/Vorarlberg#Architecture_moderne

Le mari, enfant du village en question, a souhaité revenir sur son lieu d’origine pour se lancer dans ce projet.

Le bâtiment

Le bâtiment consiste donc en une ancienne cave viticole capable de contenir au rythme de la production actuelle 160 années de production viticole… Cela donne une idée de l’évolution économique de la région qui est un peu sinistrée par cette désindustrialisation viticole des années 80 90.
Aujourd’hui c’est un renouveau. Une nouvelle génération revient avec des projets plus petits et une production plus qualitative.

Ce bâtiment a donc été coupé en deux. Une partie, la moins intéressantes architecturalement, a été remise en service comme cave viticole et la partie la plus ancienne a été convertie en hôtel-restaurant et centre de convention haut de gamme.

Hotel Riberach à Belestat
Hotel Riberach à Bèlesta

La décoration est volontairement sobre dans des tons bruts avec un style moderne.

Les chambres ont été réalisées dans les anciennes cuves. Vous pouvez voir la forme des cuves apparaitre sur les photos des chambres.

Le bâtiment n’avait aucune ouverture et il a fallu plusieurs mois pour découper des fenêtres à la disqueuse hydraulique géante dans la façade de 80 cm de pierre, mais aussi pour découper la façade en entier pour la verrière de la salle de restaurant et pour découper les cuves pour y loger les chambres !

Une piscine biotope est en cours de construction. Elle sera donc sans produit chimiques.

Une salle de séminaire très vaste doit permettre de remplir l’hôtel dans les intersaisons.

A travers la vitre: les nouvelles petites cuves dans les anciennes grandes !
La partie cave viticole qui reste consacrée au vin.
La partie cave viticole qui reste consacrée au vin.

Isolation

Le challenge a été de recourir un maximum aux énergies renouvelables pour la vie de l’hôtel mais aussi de la cave.

Le bâtiment annonce 91 kWh de déperdition thermique et une consommation théorique de 2800 euros pour les 2400 m² de la partie hôtelière. Ce qui semble très raisonnable compte tenu du fait que la hauteur sous plafond est en moyenne de 3,60m et jusqu’à 12m dans la salle de restaurant/mezzanine.

Les murs de la cave viticole ont été isolés par l’extérieur avec 10 cm de polystyrène. La partie hôtelière a été isolée par l’intérieure pour conserver les pierres apparentes en façade.

Les murs font 60 cm d’épaisseur auxquels ont a rajouté 10 cm d’isolants intérieurs.

La toiture également a fait l’objet d’une isolation intérieure de 25 cm de laine de roche.

Le chauffage et le refroidissement passe par 1 600 m² de plancher refroidissant / chauffant basse température.

Une combinaison originale de  moyens de production de chaud et de froid.

D’un point de vue thermique nous avons un hôtel restaurant qui a besoin de chaud en hiver et de frais en été et une cave viticole qui a globalement besoin de froid sur l’année. (Le vin chaud n’étant préparé qu’en toute petite quantité dans la région….)

Pour chauffer ou refroidir le bâtiment selon les besoins c’est une combinaison astucieuse qui a été mise en place.

La température est particulièrement maitrisée puisque dans la grande salle du restaurant il y a ½ degré d’écart entre le sol et le plafond 12 m plus haut.

6 forages géothermiques de 92 m de profondeur permettent de récupérer une température moyenne sur l’année de 17°. Les forages ont été réalisés à l’intérieur du bâtiment dans la partie cave.

Arrivée et départ du réseau de géothermie
Arrivée et départ du réseau de géothermie Pas très spectaculaires l'arrivée des 6 forages géothermiques. Ils contribuent à la quasi autarcie énergétique du bâtiment. Sans recours à cette énergie la solution aurait été gaz ou nucléaire, Comme quoi un autre monde est possible…

Une cuve a été convertie en stockage froid avec 28 000 litres à 7° et une autre en stockage chaud avec 40 000 litres à 50°. Ces cuves ont fait l’objet d’une isolation de 10 cm de polyuréthane.

Le bâtiment n’ayant pas encore une année complète d’exploitation il est encore trop tôt pour savoir comment ces réserves vont assurer les besoins sur l’année mais les études théoriques montrent que la température de la cuve de stockage chaud diminue de 50° à 35-40° en 3 mois !

La piscine est chauffée par un réseau de capteurs horizontaux enterrés dans la pelouse aux abords pour permettre une utilisation optimale en intersaison. (il s’agit d’une piscine biotope dont la température ne doit pas trop s’écarter du cycle naturel)

Le bâtiment est équipé de ventilo-convecteurs avec une pompe à chaleur de 31kw réversible afin de garantir une production de froid pour protéger le processus de vinification et ne pas mettre en péril la production viticole.

Il y a également deux pompes à chaleur de 18 KW non réversibles.

L’énergie des pompes à chaleur est récupérée. Ainsi quand la climatisation est en marche, le chaud produit par les pompes  à chaleur est stocké dans la cuve chaud. Inversement quand les ventilo convecteurs sont en marche, le froid récupéré est repris pour maintenir la cuve de stockage froid à température.

Pour piloter ces différents moyens de production et de stockage le bureau d’étude thermique Dominguez Energie http://www.dominguez-energie.com a conçu un système qui ne contient pas d’informatique !!

Ce sont des jeux de règles entre les thermostats qui choisissent automatiquement l’option la plus appropriée en fonction des températures détectés à l’intérieur des lieux, des températures visées et des températures des cuves de stockage froid et chaud.

C’est un souhait du bureau d’étude et de son fondateur Antoine Dominguez qui défend des solutions qui soient simple d’entretien. « En cas de panne il suffit de faire fonctionner une vanne à la main. Les dépannages peuvent se faire par téléphone et nous évitons les solutions logicielles complexes, très couteuse à la mise en place et dont la maintenance ou les dépannages sont compliqués et forcément couteux pour le client« .

Personnellement je trouve cela assez génial car je vois d’ici les spécialistes de domotique construire des usines à gaz avec des écrans dans tous les sens, des curseurs, des menus, des sous-menus et des sous-sous-menus pour geeks [technophiles boutonneux]  bref des trucs incompréhensibles que l’on fini par ne plus utiliser et qui effectivement coutent une fortune car ils nécessitent des compétences couteuse et chronophages.

Seul concession à l’informatique les températures des chambres tiennent compte de l’usage ainsi si les fenêtres s’ouvrent tous les jours à 10 heures pour le ménage le logiciel (thermozyklus) ne demandera pas de chauffer.

Ce système est restreint à la température demandée dans les pièces de l’hôtel et n’intervient pas dans le pilotage de la combinaison des éléments décrits plus haut.

Le bureau d’étude Dominguez énergie http://www.dominguez-energie.com fait parti du pôle de compétitivité Derbi et met régulièrement en place des solutions innovantes utilisant la géothermie.


http://www.dominguez-energie.com/
http://www.dominguez-energie.com/

 

Eco logique :

Pour aller jusqu’au bout de la démarche, et profitant des cuves existantes, l’eau de pluie est stockée dans une cuve de 40 000 litres.

Le toit est recouvert de 500 m² de panneaux photovoltaïque amorphe, mais cette électricité est revendu et n’est pas piloté pour répondre au besoin du bâtiment.

Toiture photovoltaïque
Toiture photovoltaïque
Toiture photovoltaïque

Conclusion

1 an de conception, 1 an de démolition, 1 an de construction et 4,5 M d’euros d’investissement ont été nécessaires pour mener à bien ce projet.

Le résultat est innovant techniquement, esthétiquement réussi et oenologiquement cela parait très bien également. Nous souhaitons bonne chance à ces nouveaux hôteliers dans leur pari touristique.

En y repensant, Il semble que de nombreux village aient des caves viticoles désaffectées aussi démesurées. Pourquoi ne pas les utiliser comme réserve de froid ou chaud à l’échelle de villages entiers ?

 

 

 

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