Aujourd’hui nous rencontrons Loïc Lepage responsable de projets chez BG21 un bureau d’étude fondé en Suisse et qui intervient aujourd’hui à cheval sur la France et la Suisse

Messieurs Bonnard et Gardel, professeurs à l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne ont fondé BG21 en 1954.

Tourné d’abord vers la prestation de maitre d’œuvre dans le bâtiment ils se sont ensuite orientés vers l’efficacité énergétique.

Cet article fait partie d’une série d’interviews consacré aux prestataires de la rénovation écologique voir la note en fin d’article.

C’est aujourd’hui une holding de 500 personnes avec 11 bureaux en Suisse, 5 en France à Paris, Lyon, Marseille, St Genis-Pouilly (Bassin Genevois) et Aix les bains. L’entreprise travaille en France sur des projets complexes comme des hôpitaux, des bureaux ou de grands lotissements.

Elle assure la maitrise d’œuvre sur la conception du chauffage, de l’électricité, de la ventilation, et du réseau sanitaire.

Où en est-on de la réglementation Suisse d’un point de vue thermique ?

En Suisse la réglementation est plus avancée. Le standard Minergie (équivalent à notre BBC) est obligatoire dans le canton de Genève depuis 2010.

La norme réglementaire dans le reste du pays est dénommée SIA (l’équivalent en terme réglementaire de notre RT 2005 et bientôt RT2012) et se rapproche de plus en du standard Minergie.

La norme Minergie a elle-même évolué en passant de 42 à 38 KWh EP/m²/an

Et dessous il y a également Minergie-P®30 KW/h tout compris, et bientôt une norme Minergie A va sortir pour les bâtiments à énergie positive.

[NDLR : nous rappelons que la moyenne du parc immobilier français (tous types de bâtiments) est estimée à 241 KWh EP/m²/an]

Le cabinet dispose donc d’un grand retour d’expérience sur la conception et la réalisation de bâtiments basse consommation.

On sait maintenant qu’il y a 20% de majoration entre les consommations théoriques calculées par le logiciel et la réalité, différence due à la mise en œuvre (la construction) et à l’utilisateur final (les habitants).

Quelle est votre vision des choses pour vos projets dans le sud de la France ?

Nous essayons de coller à la norme BBC, nous évitons la climatisation. Le label BDM Bâtiment Durable Méditerranéen  (http://www.polebdm.eu/) est une bonne approche mais il n’est pas suffisamment contraignant pour être considéré comme une référence pour la performance énergétique.

L’isolation contre le froid, le chauffage et l’eau chaude sanitaire, sont pour nous des contraintes aisées. Par contre assurer un bon confort thermique d’été en ayant une consommation limitée est plus difficile.

Si la Suisse  est en avance sur la réglementation BBC y a-t-il un point ou la France pourrait avoir un peu d’avance ?

Il manque en Suisse une démarche globale telle que HQE® c’est à dire qui prenne en compte autres choses que les KWh, comme la mobilité, l’infrastructure, l’énergie grise, l’impact environnemental global.

Seul le label Minergie ECO® s’approche de cette démarche avec par exemple l’utilisation de 50% de béton recyclé minimum. Mais c’est un label récent et encore peu appliqué.

Quelle sont les grands différences entre les architectes Suisses et français ?

Les architectes français sont plus dans une position de « Designer » alors qu’en Suisse ils ont une formation d’ingénieur et les bureaux d’études sont intégrés.

En France nous avons des chantiers avec de nombreux intervenants qui ont chacun leur propre lecture et vision de l’énergie et de l’environnement : Bureaux d’études fluides, Bureaux d’études structure, assistance à maitrise d’œuvre (AMO), Architecte, assistance à maitrise d’ouvrage HQE (AMOA), etc.

Ce sont autant d’identités qui passent du temps à essayer de se comprendre les uns les autres. C’est à la fois du temps et donc de l’argent supplémentaire.

C’est une source de risque sur la finalité du chantier si la communication n’est pas facilitée et si le concept et l’objectif global ne sont pas compris de tous.

De par une réglementation qui ne leur demandait pas le même niveau d’exigence nous rencontrons des entreprises françaises qui ont moins de savoir faire sur l’étanchéité à l’air ou sur les ponts thermiques.

Parfois nous amenons notre expérience Suisse et certains freinent devant nos solutions parce que c’est nouveau alors que ce sera tout à fait classique pour nous. Nous devons alors prendre le temps d’expliquer et d’accompagner.

Autre différence : Nous passons plus de temps en conception en Suisse qu’en France et nous dépassons plus souvent les budgets en France qu’en Suisse. Les français veulent agir de suite et nous voyons même parfois des copiés-collés de projets.

Il est vrai que les honoraires Suisse sont plus élevé [le double, NDLR] et nous pouvons passer plus de temps en étude et plus on passe de temps en conception moins nous avons de problèmes en réalisation ensuite.

Sur les projets français nous avons souvent un dépassement budgétaire y compris sur des clients publics, principalement du au temps passé à communiquer, voire à former les intervenants..

Clairement le marché français a fait un bond en avant et les objectifs sont difficiles à atteindre. La RT 2012 sera difficile à mettre en place et la RT 2020 d’autant plus. En effet il faut du temps pour mettre en place une réglementation et l’établissement de la RT 2020 se fera avec un temps de retour très réduit sur la RT2012.

Quelle est votre organisation pour arriver à gérer une activité à cheval sur les 2 pays?

Nous avons des équipes dans l’Europe entière et pas seulement. Nous utilisons beaucoup la visioconférence, skype, nous avons intégré des salles de vidéoconférences. Nous avons également un outil intranet spécialement conçu.

Pour ma part je travaille aussi bien sur des projets français que des projets Suisses et c’est le cas de la plupart des collaborateurs. Nous sommes obligés de nous former  aux deux réglementations.

De plus les personnes travaillent sur tous les aspects d’un projet.

Quel sont vos réalisations en rénovation ?

Nous avons fait de nombreuses opérations de rénovation. Comme par exemple des bâtiments de 15 étages en Minergie tout en verre. (!!) mais le coût a été proche de la construction.

En Suisse de nombreuses réhabilitations tertiaires se font en passant les conduites de chauffage en plafond, ce qui facilite le rafraîchissement.

Ce n’est pas très courant en France, mais en Suisse, oui.

Nous adaptons des immeubles au refroidissement par l’eau du lac (de Genève) avec des plafonds froids ou des systèmes existants dans lesquels circulent de l’eau froide.

L’eau fraiche est captée à 1 000 m de là à 40 m de profondeur. De cette manière nous rafraichissons des bâtiments sans climatisation. Seule l’énergie nécessaire à la circulation d’eau est consommée. L’économie est très importante. Ce système permet également de supprimer les aérorefroidisseurs en toiture.

Voir les détails sur le site de la ville de Genève. http://www.sig-ge.ch/gln/projet-en-details/index.lbl#

Nous réalisons des planchers techniques pour l’électricité et la ventilation c’est ce qui est le plus logique.

Ensuite nous faisons passer de l’eau fraiche dans le plafond.

Il existe un projet équivalent en cours à Marseille avec de l’eau à 15° prélevée à 50 m de profondeur.

Avez-vous une offre de rénovation comme nous commençons à en voir en France ?

Nous avons développé une offre à l’attention des copropriétés en Suisse sous les noms d’Immodiag® et Immoconcept® en partenariat avec la société Signa-Terre SA (www.signa-terre.ch).

En effet la nouvelle loi Suisse oblige à un certain niveau de performance

Immodiag® c’est la réalisation d’un audit thermique sur un parc de bâtiment complet avec une préconisation de travaux. Une étude de coût pour passer d’un niveau de performance à l’autre avec le calcul d’un temps de retour.

Immoconcept est une offre similaire mais qui se fait avec un audit plus lourd et un architecte.

Le but de ce concept est d’atteindre le niveau Minergie rénovation.

On fait des réunions de syndic, on y présente les résultats avec un phasage. Nous priorisons en cherchant à ne pas tuer le gisement d’économie d’énergie global.

Le problème de rénovation du parc immobilier est identique en Suisse et en France : la tâche est énorme.

Les gens ne sont pas obligés sauf à Genève en raison de cette norme plus restrictive évoquée plus haut.

Selon le niveau de consommation et, l’audit énergétique réalisé, des travaux sont préconisés et doivent être rentables sur la durée de vie des équipements. Il existe des aides pour les bâtiments Minergie® rénovation. Des mécanismes sont en cours d’élaboration pour permettre de répercuter les coûts des travaux sur le couple loyers + charges.

A-t-on identifié une surcôte des bâtiments basse consommation en Suisse ?

Effectivement oui on disait communément il y a 10 ans qu’un bâtiment Minergie avait un surcoût de construction de 6 à 8% par rapport à un bâtiment classique. Et aujourd’hui il n’y a plus de surcoût de construction.

Si on considère que la durée de vie du bâtiment est supérieure, ceux qui ont pris leur décision il y a plusieurs années ont donc réalisé une belle opération immobilière.

La valeur des biens non rénovés baisse d’autant plus vite que leur durée de vie est en plus inférieure.

La surprime à la revente peut être estimée entre 5 et 10%. [NDLR mais il n’y pas, semble-t-il, d’études récentes précises sur ce sujet ]

Les banques doivent normalement prêter plus facilement puisque la revente est assurée dans le temps.

Nous remercions Loïc Lepage

Si vous souhaitez contacter BG21 vous pouvez consulter leur site http://www.bg-21.com rubrique contact ou écrire au bureau de lyon arobas bg-21.com.

Note déontologique

– Cet article fait partie d’une série d’interview de professionnels du bâtiments et d’énergies renouvelables.
– Le point de vue présenté ne reflète pas forcément celui de la rédaction de VertDurable.
– La présentation de la société n’a fait l’objet d’aucune rémunération.
– Les liens vers les sites des professionnels ne sont pas rémunérés ou payants.
– Nous réalisons le choix des photos.
– Si vous êtes un professionnel de la rénovation « durable » et « nouvelles » énergies votre témoignage nous intéresse, contactez nous.

 

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